Mike Levy : « La créativité des designers français est de plus en plus recherchée »

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Mike Levy est directeur du département design Mobilités de Strate, école de design basée à Sèvres près de Paris. Il décrit le cursus et les sources d'inspiration des pros de demain.

Strate est une école de design. Décrivez-nous sa vocation.

Nous formons nos diplômés comme des « penseurs » de la complexité du XXIème siècle. Ils imaginent les services, systèmes et objets de demain avec un maître mot : améliorer et donner du sens à la vie. Nous formons des designers sur cinq ans dans différents domaines, et des modeleurs (capables de concrétiser en 3D physique et virtuelle les idées des designers) sur trois ans.

Le design automobile a-t-il la cote?

Oui, le design auto est très demandé. Sur 100 étudiants seuls 18 intègrent le cursus mobilités. C’est relativement peu car c’est assez sélectif. Le niveau en dessin est élevé.

Pourquoi appelez-vous cet enseignement « design mobilités»?

Le terme transport est devenu trop restrictif. Aujourd’hui, il faut considérer la mobilité, c’est-à-dire le déplacement dans sa globalité, réfléchir aux contextes, aux connections, aux infrastructures, aux services… Nous avons intégré dans l’enseignement la notion de modélisation systémique pour permettre à nos étudiants de modéliser et donc comprendre tous les enjeux d’un projet. Avant de concevoir une citadine par exemple, il faut considérer le contexte d’usage urbain, la distance et le temps de déplacement, la connectivité, la programmation du déplacement.

Enfin, le designer se concentre sur l’expérience que vivra l’automobiliste. Cette expérience doit être en phase avec l’imaginaire et les valeurs d’une marque. C’est souvent du domaine de l’émotion.

Quelles tendances passionnent les jeunes?

Tous baignent dans le numérique depuis leur enfance. La science-fiction fait partie de leur culture. Résultat : la voiture électrique et autonome, l’intelligence artificielle, leur semblent aller de soi.

Qui les inspirent?

Un entrepreneur les fait rêver : le Sud-Africain Elon Musk, inventeur de Tesla, SpaceX, et Hyperloop. Il donne l’impression que tout redevient possible. L’Allemand Daniel Simon qui est passé de la conception automobile aux studios d’Hollywood les inspire par ses concepts, sa liberté, et ses réalisations, comme par exemple la Roborace. Enfin IronMan et donc Tony Stark, a fixé un imaginaire très présent chez les étudiants, même s’il s’agit d’un personnage fictif. Tout cela montre une certaine fascination pour la technologie et une envie d’accélérer le changement.

Les diplômés français sont-ils appréciés?

La créativité des designers français est très recherchée. Les trois quarts de nos diplômés travaillent à l’étranger. La concurrence est mondiale : les bureaux de design sont composés de talents issus de dizaines de pays différents.

Comment travaillez-vous avec les constructeurs automobiles?

Strate est née avec la volonté de rester connectée aux industriels. Ils nous aident à anticiper leurs besoins, et à enseigner les bonnes compétences. Tous les formateurs sont des professionnels en poste. En retour, Strate est pour les industriels un terrain de prospective et de rencontres avec les jeunes.

Quelles sont les qualités d’un bon designer automobile?

Il doit posséder une culture générale solide, car cet enseignement est décloisonné. La créativité, la curiosité, et un bon coup de crayon sont indispensables. Enfin, mieux vaut avoir du cran et être passionné pour affronter une compétition mondiale.

 

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