Cathal Loughnane : « Le design, c’est améliorer l’expérience utilisateur »

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Cathal Loughnane est le directeur du Peugeot Design Lab, le bureau de design hors automobile du constructeur qui bénéficie de l’apport de ses ingénieurs. Il explique le travail de ce studio pas comme les autres et nous fait entrer dans les coulisses de cette agence qui dessine aussi bien des jouets que des hélicoptères.

Peugeot News : En quoi consiste le Peugeot Design Lab ?

Cathal Loughnane : Nous sommes une équipe de 15 personnes qui travaillons sur tous les projets sauf les voitures. Depuis notre création en 2012 nous avons collaboré avec Airbus pour le design extérieur d’un hélicoptère, avec Alstom sur le tramway de Strasbourg, avec Pleyel sur un piano en fibre de carbone… Nous sommes une petite agence de design produit mais nous avons accès aux ingénieurs et aux designers automobiles sur le même site, ce qui nous permet de faire bénéficier à nos clients des meilleures compétences. Par exemple, lorsque nous dessinons un siège d’avion nous pouvons faire appel aux ergonomes sur place, ou aux selliers qui font partie des meilleurs de France. Nous dessinons aussi tout le merchandising de la marque Peugeot, casques, porte-clés, lions en peluche… Nous pouvons dire que notre expertise va du jouet à l’hélicoptère !

C’est donc un positionnement unique ?

Cathal Loughnane : En effet, aucune autre agence de notre taille n’a accès à autant de ressources. Début 2017 nous nous sommes étendus au « global brand design », c’est-à-dire que nous prenons en charge toute la stratégie de la marque, son storytelling, l’expérience utilisateur…, en interne ou pour des clients extérieurs. Par exemple nous venons de créer la marque Peugeot Legend qui réédite des modèles anciens de cycles Peugeot, modernisés et remis aux normes actuelles. Nous avons dessiné les vélos mais aussi le logo, le merchandising, l’image globale. Ce n’est pas une marque vintage mais elle a une histoire légendaire à raconter. Nous faisons aussi office de traducteurs entre le marketing et les ingénieurs, qui ne parlent pas toujours le même langage.

Quels sont les projets les plus complexes sur lesquels vous avez travaillé ?

Cathal Loughnane : En apparence un hélicoptère est plus compliqué qu’une voiture mais un conducteur n’a pas un mécanicien à sa disposition pour vérifier le véhicule après chaque trajet. Une voiture de série demande un processus d’ingénierie d’une complexité extrême pour assurer dix ans d’exploitation dans toutes les conditions. Rien que le siège est soumis à des crash tests à 60 km/h qu’une chaise de bureau, même très technique, n’aura jamais à subir. La présence des ingénieurs et designers de Peugeot nous permettent donc d’aborder tous les projets. Cependant je n’ai jamais eu de challenge de design aussi complexe que le vélo pliant EF01 E-bike que l’on vient de sortir : il est électrique, se plie en moins de 10 secondes, tient sur une béquille, a une poignée de transport… Il a fallu trois ans de prototypes pour arriver à un objet qui s’intègre de façon intuitive dans le parcours de mobilité des utilisateurs. Et à 1000 euros de moins que la concurrence.

Quelles sont vos influences dans l’histoire du design ?

Cathal Loughnane : Tout dépend des sujets. Si je travaille sur la mobilité je m’intéresse à ce que je fais Elon Musk, sur le mobilier je regarde du côté des frères Bouroullec ou de Patricia Urquiola, sur le graphisme impossible de ne pas penser à Saul Bass. Je n’ai pas de modèle unique mais je dirais qu’un des meilleurs objets de design au monde c’est le stylo Bic : ce n’est pas le plus beau mais il est pratique, ne coule pas, est bon marché. Il réunit tous les critères dont les gens ont besoin pour écrire au quotidien, ce qui est la raison

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