Rolf Bulander : « Demain, une mobilité intelligente et plus sûre »

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Les secteurs de l’automobile et du transport sont en constante évolution. Rolf Bulander, membre du directoire de Bosch en charge de la mobilité nous aide à imaginer l’avenir du déplacement dans les prochaines années. Rendez-vous dans le futur…

Quelles sont les tendances majeures que vous observez dans le domaine du transport ?

Rolf Bulander : Nous constatons une hausse croissante de la population mondiale dans les grandes métropoles. Voici pourquoi, il faut, pour faciliter les déplacements, que la circulation dans les grandes villes fasse l’objet d’une planification nouvelle et audacieuse. Nous pensons qu’en 2050, plus de six milliards de personnes vivront dans des grandes villes, soit deux fois plus qu’aujourd’hui. La circulation urbaine triplera d’ici là, du fait notamment du commerce en ligne qui continuera à renforcer la circulation liée aux livraisons.

Ajoutons à ça que le trajet des individus devra être le moins polluant possible, sans accidents et aussi sans stress. Il ne s’agit encore que de visions, mais toutes trois donnent une orientation aux développements que nous menons chez Bosch. Notre objectif principal est de faciliter les déplacements des citadins en décongestionnant et améliorant la circulation urbaine. C’est le défi majeur que doivent relever les fournisseurs de mobilité du monde entier.

Concrètement, comment faciliter le transport de ces citadins ?

R.B. : Pour répondre à ces défis nous travaillons à de nouvelles solutions qui vont au-delà de la seule voiture pour transporter les passagers et les marchandises. Cela s’inscrit dans l’évolution de la planification urbaine partout dans le monde, qui passe d’une ville centrée sur l’automobile à une mobilité à la fois intelligente et multimodale. Nous devons réinventer la circulation urbaine, avec des marchandises livrées par des transporteurs électriques connectés depuis des centres de distribution situés au cœur des villes, et des gens qui, en fonction des embouteillages et des besoins passeront de la route au rail, et du quatre-roues au deux-roues.

Ce changement de mode de transport, de la voiture au train ou au deux-roues doit se faire simplement et en douceur, si possible sans délai de recherche ni temps d’attente. Et cela présuppose une interconnexion continue, un lien entre tous les moyens de transport de la ville. Ce changement est déjà en marche. En Europe, Londres devient une ville connectée au même titre que Singapour en Asie. Dès 2025, 80 métropoles à travers le monde seront des villes intelligentes. Bosch mène déjà 14 projets pilotes, dont la moitié porte sur la mobilité urbaine. Là encore, nous partons à la conquête d’un domaine d’avenir.

Comment développer ces villes intelligentes et connectées ?

R.B. : Nous devons aller vers une mobilité sans stress et cela passe par une connexion continue. Les villes rencontrent des défis dans trois domaines ; les embouteillages, la pollution de l’air et une pénurie de places de stationnement. Pour y répondre, elles ont trois leviers d’action sur le trafic : l’éviter, le déplacer et l’améliorer. A long terme, nous pensons que les zones industrielles et résidentielles devront être plus proches les unes des autres pour réduire les trajets.

De plus, les habitants des villes utiliseront moins leur propre véhicule et, s’ils le font, leurs trajets devront être peu polluants et sûrs. Le souhait majeur des citadins est de pouvoir se déplacer sans stress. Et cela n’est possible qu’au travers d’une approche flexible de la mobilité.

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La circulation routière du futur ne doit pas passer nécessairement par sa propre voiture. Quatre-roues, deux-roues, rail : telle est la nouvelle approche pragmatique de la mobilité. Nous devons cependant veiller à ce que le passage du véhicule privé à d’autres modes de transport s’effectue le plus simplement possible.

Concrètement, cela signifie par exemple qu’il devra être possible de réserver des places de stationnement à proximité des gares ou des vélostations d’un simple clic sur Internet. En d’autres termes, les citadins du futur se déplaceront toujours avec des services cloud, leurs propres assistants de mobilité personnels. Pour les habitants des grandes villes, les déplacements sans stress sont impossibles sans interconnexion.

Et comment réaliser le rêve de déplacements sans accidents ?

R.B. La conduite automatisée réduit le stress sur la route. Mais elle permet aussi et surtout de renforcer la sécurité. Notre vision est claire : nous voulons réduire au maximum les accidents en ville. Plus de 1,2 million de personnes meurent encore chaque année sur les routes du monde entier. L’examen des villes montre d’importantes disparités en fonction de leur appartenance à des pays industriels ou à des pays émergents. Si Stockholm, Tokyo et Berlin enregistrent entre 3 et 5 tués dans des accidents de la route pour 100 000 habitants, ils sont entre 15 et 35 à Jaipur, Guadalajara et Curitiba. Il est clair que la circulation urbaine est d’autant plus sûre que l’infrastructure routière est moderne et que les véhicules sont bien équipés.

Depuis que des systèmes électroniques de sécurité, comme l’anti-blocage ou l’aide au maintien de trajectoire sont devenus obligatoires dans la plupart des pays industrialisés, le nombre d’accidents a clairement diminué. Mais neuf accidents sur dix demeurent occasionnés par une erreur humaine. Aussi l’automatisation de la conduite pourra sauver d’autres vies. D’après les estimations de nos experts en accidents, en Allemagne elle pourrait permettre de réduire  encore d’un tiers le nombre d’accidents.

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