Saran Diakité Kaba : « L’automobile partagée et connectée est au cœur de nos réflexions »

A 38 ans, Saran Diakité Kaba vient d’être élue femme de l’année. Elle pilote l'équipe User expérience cockpit team pour PSA. Son objectif : imaginer les relations entre conducteur et la voiture.

Peugeot News : Comment êtes-vous devenue designer?

J’ai découvert le métier de designer à 16 ans lors d’un salon étudiant. Un métier à la frontière entre l’art et la technique. Afin de gagner ma vie pendant mes études à l’Ensci-Les Ateliers (*), je me suis mise à mon compte pendant quatre ans et demi. J’ai ensuite collaboré avec diverses agences de design et centres de R&D comme Thomson, France Telecom, EDF, Decathlon, Alcatel-Lucent, Fagorbrandt, Eiffage Contruction… Du BTP à l’électronique grand-public, j’ai travaillé dans de très nombreux domaines mais jamais dans l’automobile. Pourtant, je savais que ce secteur était en pleine révolution. Je voulais y participer. Et c’est fin 2011 que le cabinet de chasseurs de tête de PSA m’a recrutée.

Quelle est votre mission au sein du User experience cockpit team?

J’anime opérationnellement une équipe pluridisciplinaire de plus de 200 personnes. Sciences humaines, ingénierie, design, graphisme, animation, innovation, électroniciens, développeurs : plus de 40 compétences métiers différentes sont réunies pour concevoir les cockpits et les interfaces homme-machine du groupe PSA. Il n’y a pas d’équipe dédiée à un projet. Nous travaillons pour tous les projets véhicules de toutes les marques dans le monde entier. L’allocation des ressources est donc très complexe. Tout dépend de notre capacité à gérer les priorités. Par exemple, pour nous synchroniser deux fois par semaine, nous avons la salle dite « Le Hub » qui accueille les stand up meeting. Le salle « théâtre » est dédié aux débats. Le comité des experts de tous les métiers se réunit chaque fin de semaine pour donner des orientations sur des sujets techniques pointues, à la manière d’un comité scientifique. Les réunions de travail en agilité se passent dans des « wagons » où l’on peut écrire sur les murs…

Quelle est votre vision des relations hommes-machines en 2020 ?

Nous travaillons sur l’expérience du véhicule autonome connecté et intelligent pour anticiper le futur. Comment vivrons-nous dans ces véhicules ? A quoi servira le volant ? On peut imaginer que le volant se rétracte et que l’on reculera les sièges pour être à l’aise, dormir, jouer, manger ou travailler. Dans ce cas, les commandes et les retours d’informations seront éloignées des mains et des yeux. Il faut donc tout repenser en partant de cette nouvelle situation de vie à bord. Des activités que l’on va pouvoir faire en toute sécurité et de manière confortable à bord.

Travaillez-vous pour les Millenials ?

L’équipe prend en compte les besoins et les attentes de toutes les générations. La radio, les médias, la navigation, la climatisation, l’assistant personnel… Toutes les fonctions du système doivent s’adapter aussi bien aux novices qu’aux experts. L’usage n’est pas segmenté en fonction de l’âge, mais du profil de l’utilisateur. Chacun doit pouvoir évoluer en fonction de ses besoins et au fur et à mesure qu’il acquiert de l’expertise.

Demain, la voiture sera-t-elle partagée et volante ?

L’automobile partagée et connectée est au coeur de nos réflexions. Je suis plus sceptique concernant la voiture volante. Les effets d’annonce de certains constructeurs ne répondent pas toujours aux enjeux sociétaux ou technologiques.

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Vous avez été élue femme de l’année du secteur automobile en 2017. Quel sens donnez-vous à cet hommage ?

Je dédie ce prix à toute l’équipe. Nous étions d’ailleurs une douzaine sur scène pour le recevoir. Jouer la star n’a pas de sens dans le domaine du design industriel, c’est un jeu collectif. Il faut toute une équipe pour concevoir des objets qui interagissent avec l’homme. Vous ne connaissez pas le nom de tous les designers, ingénieurs, ergonomes, développeurs de l’ombre qui ont réalisé le thermostat Nest. Et c’est très bien ainsi…

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Les startups nourrissent ma créativité ainsi que les objets et interfaces connectés, Les mondes imaginaires également comme les jeux video, le cinéma, les scènes numériques. Ce sont des univers stimulants lors des réflexions sur les équipements futurs d’un véhicule. Vient ensuite la pratique musicale pour s’évader avec le chant et la composition. Enfin, l’enseignement et le contact avec les mondes de la recherche et les étudiants sont une nourriture intellectuelle inépuisable. Cela permet de rester connectée aux nouvelles méthodologies, aux derniers logiciels de conception. J’aime accompagner les jeunes. Si je n’avais pas décidé d’être designer, j’aurais choisi l’enseignement.

L’avenir s’annonce-t-il radieux ?

Je suis d’un naturel optimiste. Contribuer à la transformation d’un groupe industriel de façon agile et collective est une véritable source de motivation. Carlos Tavares, président de PSA nous a lancé des défis. Toutes les équipes sont mobilisées pour les relever !

 (*) Ensci-Les Ateliers / Ecole nationale supérieure de création industrielle.

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